Avr 182013
 

Jean-Jacques Crèvecoeur est un scientifique pluridisciplinaire qui, entre autres, tient une rubrique très intéressante sur la revue Néosanté. Il invite ses lecteurs et lectrices à diffuser gratuitement certaines de ses publications.

Dans cet article, il nous montre à quel point l’éducation que l’on a reçue conditionne nos comportements et nous amène à nier ou à reprimer nos vrais besoins. Cela peut être à l’origine de nombreux déséquilibres dont beaucoup de personnes souffrent dans notre société.

Antilope_stock.xchngPhoto de doc. Licence Creative Commons

Lorsque l’inhibition de nos comportements nous plonge dans la maladie ou la mort…

(Article tiré du numéro 18 de Néosanté)

« Dans le dernier numéro, je vous avais promis de reprendre les exemples présentés dans les numéros précédents pour démontrer que notre éducation est bien à la source de beaucoup de nos maux! Plus précisément, j’avais mis en lumière deux éléments essentiels qui nous différencient des animaux sauvages.

Première différence: les stress de survie vécus par les animaux sauvages sont très souvent de courte durée. Et l’issue de ces moments paroxystiques est soit la mort (lorsque la stratégie de survie n’a pas été efficace ou adaptée), soit le retour à la normale. J’avais mentionné rapidement que cette sortie de stress s’accompagnait d’un phénomène physiologique très particulier: l’animal est secoué, pendant quelques secondes, par des spasmes qui traversent tout son corps. Comme si l’organisme avait besoin d’évacuer complètement tout le stress accumulé pendant les phases de fuite et/ou de lutte et/ou d’inhibition de l’action… Une façon, pour le corps, de sortir de manière extrêmement rapide les toxines liées à la production d’adrénaline et de cortisol. Nous les humains sommes également capables de mettre en œuvre des stratégies de fuite, de lutte et d’inhibition de l’action. Mais étant donné que nos rapports « civilisés » nous placent dans des postures où la survie physique est rarement mise en jeu, les situations stressantes que nous vivons peuvent s’étaler sur des heures, des jours ou des semaines, voire des mois ou des années.

Un animal qui lutte pour défendre son territoire devra le faire pendant quelques minutes ou quelques heures maximum. Un humain, par contre, peut être impliqué dans un conflit avec son voisin, dans une bataille avec un concurrent ou dans une guerre avec une nation étrangère pendant des mois ou des années… Un animal poursuivi par un prédateur devra fuir ou lutter pendant quelques secondes ou quelques minutes, jamais plus. Un humain, par contre, peut être traqué par un tueur, par la police ou par les services secrets pendant des années… Si la partie animale de notre physiologie est tout à fait capable d’encaisser des surstress intenses, elle n’est pas programmée pour les endurer pendant une longue période de temps. Avec pour conséquence un épuisement biologique ou psychologique qui peut mener l’individu au burn-out, à la maladie ou à la mort. L’autre différence, c’est que nous avons été tellement dressés à nous contrôler que, même lorsque nous sortons – enfin – du conflit, nous ne sommes pas capables d’évacuer les toxines et les stress accumulés: nous ne pleurons pas, nous ne bougeons pas physiquement, nous n’exprimons rien émotionnellement…

Seconde différence: Les animaux sauvages mettent en œuvre toute la palette des stratégies de survie, sans censure ni hésitation. Si la fuite est la stratégie la plus adaptée, c’est elle qui sera choisie. Idem pour la lutte et l’inhibition de l’action. Comme je le mentionnais le mois dernier, nous les humains avons appris à privilégier surtout l’inhibition de l’action, en réponse à cette pédagogie noire que nous avons subie pendant notre « dressage » éducatif. Nos parents et nos éducateurs nous ont conditionnés à nous soumettre à l’autorité, même lorsque nos besoins fondamentaux étaient frustrés, bafoués, non reconnus, ignorés. Là où les adultes auraient dû nous encourager à prendre la responsabilité de nos besoins, nous n’avons subi que des menaces (« Tu veux ma main sur la tronche?! Tais-toi! Ferme-la! »), des chantages affectifs (« Si tu continues à pleurer, je ne t’aimerai plus! Regarde dans quel état tu as mis ta pauvre mère! Fais ça pour me faire plaisir! »), des sarcasmes (« T’es vraiment pas beau quand tu te fâches! Oh, la mauviette qui pleure pour un rien! ») et des dénis (« Mais non, tu n’as pas mal! Il n’y a pas de quoi en faire un plat! L’incident est clos! »). Avec pour conséquence, un blocage de notre énergie vitale, un état de figement peu propice au maintien de notre équilibre homéostatique.

Perdre le mouvement fluide

Ce n’est pas la première fois que j’insiste sur ce point dans cette rubrique: le type d’équilibre dont notre organisme a besoin est de nature dynamique, et non statique. Autrement dit, l’équilibre garant de notre santé doit être fondé sur le mouvement, la fluidité, les échanges entrants et sortants, la souplesse. Et le docteur Hamer l’a très bien précisé dans sa première loi biologique: une maladie se déclenche lorsque nous vivons un choc brutal, d’une intensité dramatique, qui nous prend à contre-pied. Mais ces conditions ne sont pas suffisantes. Il faut qu’en plus, selon ses termes, ce choc soit vécu dans l’isolement…

Cette notion de « vécu dans l’isolement », j’ai eu beaucoup de mal, au début, à bien la saisir. Cela veut-il dire que nous étions seul lorsque le choc a été vécu? Non, bien sûr. Cela veut-il dire que nous étions seul dans les heures et les jours qui suivaient le choc, alors que nous étions en train de vivre le sur-stress? Non plus. J’ai connu beaucoup de personnes très bien entourées après un choc, réconfortées, soutenues, aidées, qui pourtant déclenchaient la maladie, malgré tout. Que veut dire Hamer, alors? « Vécu dans l’isolement » signifie, pour lui, que nous n’avons pas la possibilité ou la capacité d’évacuer l’impact émotionnel provoqué par l’événement déclencheur. C’est comme si l’émotion restait bloquée à l’intérieur de nous, isolée du reste du monde. Et nous pouvons parler abondamment de l’événement choquant, décrire tous les détails factuels liés à la circonstance traumatique, sans pour autant laisser sortir quoi que ce soit sur le plan émotionnel! Parler ne suffit donc pas à se libérer. Si la parole ne concerne que l’aspect rationnel, intellectuel, la charge énergétique bloquée continuera de miner notre fragile équilibre…

C’est ce qui distingue d’ailleurs la notion de trauma et de traumatisme. Si le premier terme désigne simplement l’événement déclencheur, le choc brutal, le second désigne l’impact énergétique, psychologique et émotionnel que cet événement a eu sur l’individu qui l’a subi! Tous les traumas ne se transforment donc pas en traumatismes! Pour que cette transformation ait lieu, il faut que nous tombions dans l’incapacité à « rester en mouvement » suite au trauma. Et quand je parle de mouvement, j’évoque tous les types de mouvement possible: mouvement physiologique (les fameux spasmes observables chez les animaux, mais aussi, chez les humains), mouvement physique (donner un coup de poing, un coup de pied, courir, etc.), mouvement émotionnel (pleurer, se mettre en colère, crier, etc.), mouvement relationnel (engueuler, prendre ses distances, rétorquer, répliquer, faire respecter nos besoins, etc.), mouvement intellectuel (se remettre en question, accorder moins d’importance, recadrer la situation, etc.) ou mouvement spirituel (lâcher prise, s’abandonner, remercier, transmuter, etc.).

Blocages, quand vous nous tenez!

Rester dans le mouvement. C’est ce que les personnes dont j’ai parlé dans les derniers numéros ont été incapables de faire… Souvenez-vous de Charles et son cancer des os, emprisonné dans son corset, incapable de sortir de son sentiment de dévalorisation (Néosanté n° 9)… Rappelez-vous de l’histoire de Sylvie, cette jeune veuve se sentant complètement dépassée dans l’éducation de sa fille Morgane. Elle était bloquée dans son sentiment d’être une mauvaise mère à un point tel qu’elle en a fait un cancer du sein gauche (Néosanté n° 11). Quant à Annie, cette malheureuse femme qui s’est retrouvée figée dans le hall de la maternité, lorsque la belle-mère et le mari de sa sœur morte en couches lui ont interdit violemment d’allaiter le nouveau-né… Elle aussi a démarré un cancer du sein (Néosanté n° 12). À chaque fois, la même structure d’histoire se répète: la personne se retrouve bouche bée, paralysée, figée, bloquée… Souvent, elle a l’impression qu’elle ne peut se confier à personne, comme Marie-Bernadette, cette jeune religieuse abusée chaque semaine par le curé (Néosanté n° 13) ou Sylviane, cette jeune fille tripotée par différentes personnes (Néosanté n° 14) et qui ont développé toutes les deux la sclérose en plaques. Toutes les deux avaient le sentiment de ne pouvoir compter sur personne, impuissantes, abandonnées à elles-mêmes. Enfin, vous vous souviendrez qu’Helena a accepté sans protester de ne pas dire au revoir aux enfants dont elle s’était occupée comme une mère pendant des années, au moment de sa rupture conjugale. Elle a développé un cancer du col de l’utérus lors de la fête des mères suivante (Néosanté n° 15), tandis que Christian a accepté sans protester et sans demander d’explications le déménagement forcé de son bureau, avec pour conséquence le développement fulgurant d’un cancer mortel de l’œsophage (Néosanté n° 16).

Ma chronique du mois dernier avait pour titre: « Notre éducation serait-elle la cause de tous nos maux? » Commencez-vous à comprendre où je voulais en venir? Notre éducation nous apprend à nous soumettre sans rien dire, à ne choisir systématiquement que l’inhibition de l’action comme réaction, alors qu’il faudrait crier, hurler, frapper, demander de l’aide, protester, faire valoir ses droits. Si nous faisons cela, nous nous mettons en grand danger! Alors, me direz-vous, que faire pour éviter l’issue fatale si l’on a été dressé dans notre petite enfance? La réponse vous sera offerte le mois prochain, pour clôturer cette réflexion! »

Jean-Jacques Crèvecœur

Montréal